Origine et histoire de l'Église Saint-Bonaventure
La basilique Saint-Bonaventure de Lyon, située dans le 2ème arrondissement sur la Presqu'île, est le seul édifice médiéval subsistant dans le nord du quartier après les percées haussmanniennes du Second Empire. Son origine remonte à 1226, lorsque les franciscains (dits « cordeliers ») s’installent sur un terrain légué par le sénéchal de Grolée. Le cardinal Bonaventure de Bagnoregio y meurt en 1274 pendant le concile de Lyon et y est enterré. L’église actuelle, construite à partir de 1325 par Jacques de Grolée, remplace une première chapelle trop exiguë. Orientée exceptionnellement vers le sud, elle est consacrée en 1328 à saint François d’Assise, puis achevée vers 1484 sous le vocable de saint Bonaventure, fraîchement canonisé.
L’histoire de la basilique est marquée par les vicissitudes politiques et religieuses. Pillée en 1562 par le baron des Adrets pendant les guerres de Religion, elle est vendue comme bien national pendant la Révolution et transformée en écurie. Rendue au culte en 1806, elle est restaurée tout au long du XIXe siècle, malgré les dégâts causés par la crue de la Saône en 1840 ou la révolte des canuts en 1834. En 1860, l’architecte Claude-Anthelme Benoit remanie entièrement sa façade, lui donnant son aspect actuel, tandis que les chapelles latérales – au nombre de dix-sept – témoignent de l’influence des confréries de métiers lyonnaises entre les XVe et XVIe siècles.
L’architecture de Saint-Bonaventure allie sobriété franciscaine et enrichissements ultérieurs. La nef, voûtée sur croisées d’ogives, repose sur des colonnes octogonales sans chapiteaux, reflétant l’idéal de pauvreté de l’ordre. Les chapelles, ajoutées entre le XVe et le XVIe siècle par les corporations (tailleurs, peintres, bateliers, etc.), élargissent considérablement l’édifice. Les vitraux, en partie détruits en 1944 lors du sabotage du pont Lafayette, ont été remplacés par des créations modernes de Louis Charrat et Joséphine Lamy-Paillet entre 1945 et 1965. L’orgue, restauré à plusieurs reprises, compte aujourd’hui 68 jeux.
Classée monument historique en 1927 et érigée en basilique mineure par le pape François en 2019, Saint-Bonaventure incarne à la fois le patrimoine médiéval lyonnais et les transformations urbaines des XIXe et XXe siècles. Sa façade, récemment ravalée (2022–2023), domine la place des Cordeliers, face au palais de la Bourse, symbole du contraste entre spiritualité franciscaine et modernité économique.
Les confréries de métiers, très actives à Lyon entre le XVe et le XVIe siècle, ont financé et décoré les chapelles latérales. Chaque corporation – tondeurs de draps, peintres, bateliers, etc. – y honorait son saint patron, comme en témoignent les blasons et les retables. Ces chapelles, souvent remaniées, abritent des œuvres d’artistes locaux, tels les sculpteurs Fabisch ou Delorme. La basilique conserve aussi des traces des destructions révolutionnaires et des restaurations du XIXe siècle, comme le retable néogothique de la chapelle Saint-Joseph ou les vitraux de Steinheil, inspiré par Viollet-le-Duc.
L’orgue de Saint-Bonaventure, dont la première mention remonte à 1693, a connu plusieurs reconstructions. Après les dégâts révolutionnaires, Joseph Callinet en construit un nouveau en 1845, remplacé puis modernisé par Joseph Merklin en 1860. Électrifié partiellement en 1885, il est aujourd’hui un instrument de 68 jeux, restauré en 2023 par Michel Jurine. Sa tribune, située au fond du chœur, et son buffet du XIXe siècle en font un élément majeur du patrimoine musical lyonnais, toujours utilisé pour des concerts et des offices.